Revue Hommes et migrations

Connexions musiques

Portfolio (disponible uniquement sur la version imprimée)

Par François Bensignor

Article issu du N°1325,  avril-juin 2019 : Paris-Londres
Rubrique : Article de dossier

Paris-Londres- Music Migrations. 1962-1989 est une explosion d’images, de sons et d’expressions des différences. Les musiques que cette exposition présente depuis mars 2019 au Musée national de l’histoire de l’immigration donne à entendre sont celles de l’autre. Un autre pas toujours bien perçu lorsqu’il fait irruption sur la scène européenne, mais dont les œuvres proposent des approches artistiques riches de nouvelles perspectives. À l’époque de leur émergence, elles sont tellement inhabituelles aux oreilles d’ici que beaucoup s’en méfient. Certains ne veulent y voir que sauvage exotisme. D’autres y trouvent une source de connaissances, de formes esthétiques, de savoir musiquer, de codes rythmiques et chorégraphiques encore inexplorés.

Cris des souffrances de l’exil, réconfort de la langue, extase de la danse, elles sont en phase avec la fibre des bagages apportés d’outre-mer. Elles font vibrer l’imaginaire de l’homme déplacé, dont le mandat fait vivre la famille au pays. Et puis, progressivement, l’humanité des expressions finit par résonner au sein de la société d’accueil. Alors se produit la magie de la rencontre. Transplantée hors de son environnement originel dans une terre nouvelle, la parole chantée revêt un autre sens, souvent plus fort, parce que chargé de mythes, qu’il est urgent de préserver dans un milieu hostile, et qu’il est important d’universaliser un peu afin d’être accepté par la frange éclairée des hôtes.

Follement musicales, les années 1960 sont encore empesées des attributs de la colonisation. Alors que la jeunesse européenne s’entiche de l’essence afro-américaine du blues et du rhythm & blues digérée par les jeunes superstars de la pop britannique, Beatles et Rolling Sones en tête, les voix des immigrés sont confinées dans leurs ghettos. Il faut attendre les années 1970, avec la mondialisation d’abord transatlantique de l’industrie du disque, pour voir s’imposer à l’international quelques artistes portant haut les couleurs de leur culture, comme Bob Marley, Manu Dibango, Idir et quelques autres.

Quant aux artistes vivant dans les anciennes colonies, ils restent confrontés aux schémas des marchés postcoloniaux. À défaut de moyens de production suffisants dans leurs pays, les stars de la chanson doivent réaliser leurs productions dans les ex-pays colonisateurs. Les maisons de disques qui les produisent ont leur département spécialisé, qui diffuse les disques exclusivement sur les marchés des ex-colonies. Ainsi les musiciens sont-ils quasiment inconnus hors de leurs propres communautés. Lorsque successivement les majors du disque désertent le Tiers-monde et les Européens s’ouvrent à l’idée de l’autre, les artistes d’ailleurs trouvent dans les réseaux élaborés par l’underground au cours des années 1970 de nouveaux canaux pour la création et la diffusion de leurs œuvres.

Un foisonnement discographique illumine les années 1980. Déjà parvenu à son apogée conceptuelle, le disque vinyle est le produit culturel par excellence auquel s’identifient les jeunes générations. Une nouvelle forme de production indépendante alimente la « sono mondiale » chère à Jean-François Bizot. En adéquation avec leur contenu musical, les pochettes des disques racontent l’émergence de nouvelles formes d’expression, urbanisées et métissées. Certaines affirment l’esprit de résistances, l’énergie combatives dont s’arment les artistes pour clamer la beauté et la force de leur culture. D’autres évoquent l’univers onirique auquel nous convie le balancement voluptueux de leur musique.

Ce portfolio propose une sélection de pochettes qui marquent l’épopée de ces musiques migrantes, à Paris et à Londres, de 1962 à 1989. Les textes qui les accompagnent n’en sont pas forcément le commentaire. Ce sont plutôt les témoignages d’acteurs de ces musiques, artistes, journalistes, écrivains qui ont pris une part active en faveur de la reconnaissance des cultures d’ailleurs dans les deux capitales européennes aux empires déchus.

Que soient ici remerciés pour leurs précieux témoignages : Kidi Bebey, Pascal Blanchard, Philippe Conrath, Éric Dahan, Bouziane Daoudi, Stephen Davis, Georges Desportes, Jean-Jacques Dufayet, Charles Duvelle, Loy Ehrlich, Martin Evans, Idir, Mory Kante, Salif Keïta, Hélène Lee, Ray Lema, Michel Levy, Sam Mangwana, Martin Meissonnier, Yehudi Menuhin, Jean-Pierre Meunier, Blaise Ndjehoya, Jean Loup Pivin, Mykaell Riley, Omar Sayed, Bintou Simpore, Ravi Shankar, Olivier Sultan, Papa Wemba, Hédia Yelles-Chaouche.

Avec les disques de : King Sunny Ade ; Alain Bashung ; Alpha Blondy ; Bwana Zoulou Gang ; Johnny Clegg & Savuka ; Manu Dibango ; Empire Bakuba ; Henri Guédon ; Idir ; The Indestructible Beat of Soweto ; Grace Jones ; Gougoui Kangny ; Mory Kante ; Kassav ; Salif Keïta ; Cheb Khaled & Safy Boutella ; Krootchey ; Fela Anikulapo Kuti ; Bob Marley & The Wailers ; Yehudi Menuhin et Ravi Shankar ; Orchestra Makassy ; Sam Magwaguana ; Youssou NDour ; Nyboma ; Osibisa ; Tabu Ley Rochereau ; Scientist v. Prince Jammy ; Tam Tam Pour l’Éthiopie ; Touré Kunda ; Papa Wemba ; West African Cosmos ; Xalam.

Pour citer ce document

Par François Bensignor « Connexions musiques - Portfolio (disponible uniquement sur la version imprimée) », Revue Hommes et migrations. Article issu du N°1325, avril-juin 2019 : Paris-Londres.
Mis à jour le : 31/05/2019, http://www.hommes-et-migrations.fr/index.php?/numeros/paris-londres/8185-connexions-musiques

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