Revue Hommes et migrations

Le Brexit, une réponse à la fracture de la globalisation ?

Le point de vue de François Gemenne

Le Brexit est-il l’expression britannique d’un malaise croissant face à la fracture de la globalisation ?

Extrait de l'intervention de François Gemenne, chercheur en sciences politiques à Siences-Po (Politique de la Terre) et  à l’université de Liège (Observatoire Hugo), à l'occasion de la journée d'étude sur les migrations internationales, tenue au Musée national de l'histoire de l'immigration le 18 mai dernier :

L’Europe est-elle en train de payer au plus fort les conséquences d’une dégradation des opinions européennes face aux effets sociaux et économiques d’une globalisation à deux vitesses ?

Le débat sur l’ouverture des frontières européennes et l’accueil des migrants ne serait-il pas aussi le point de cristallisation d’une Europe ainsi écartelée ?

« Ce risque guette nos sociétés européennes. Le débat sur la déchéance de nationalité en France à prouver combien nous considérions au fond les binationaux comme des exceptions. Nous n’avons pas réalisé que dans quelques décennies les bi-nationaux, les tri-nationaux, les quadri-nationaux seront la règle. Dans quelques générations, la majorité des Français auront au minimum la double nationalité. Je le vois parmi mes étudiant de Sciences Po, qui est une jeunesse très privilégiée mais aussi très cosmopolite pour qui, des mono-nationaux sont des dinosaures, eux qui ont deux ou trois nationalités. Aucun d’eux n’envisage de faire carrière en France, non pas qu’il n’aime pas la France, mais parce que le monde leur offre des opportunités qu’ils veulent saisir. Il rêve tous de faire des carrières internationales, d’avoir un conjoint étranger, etc.

Le risque est qu’il ait une fracture de la mondialisation, entre une partie de la population, l’élite cosmopolite, qui en saisirait les opportunités, en termes de carrière, de résidence, d’amour, de mariage et de filiation et une autre partie qui ne pourrait pas y goûter, la concevrait comme une menace et se raccrocherait aux frontières comme le dernier rempart …. Cela va se traduire à Gauche par des politiques économiques de ré-industrialisation de la France. A Droite, par des politiques de renforcement des frontières et de xénophobie d’Etat. Dans les deux cas, chacun se raccrochera à son chez soi : l’ailleurs fait peur car les possibilités de migrer sont limitées. Cette grande fracture de la mondialisation qui guette nos sociétés dans les prochaines décennies opère une séparation claire entre ceux qui peuvent en profiter et ceux qui ne le peuvent pas. »

Voir l'intégralité des interventions de la journée d'étude du 18 mai 2016

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