Revue Hommes et migrations

Immigration en France : quelques idées reçues !

Eléments de réponses

Le thème de l’immigration est omniprésent dans le débat public français, réactivé notamment lors des campagnes électorales où il fait l’objet d’une instrumentalisation politique en vue d’interpeller l’opinion à partir de questionnements, voire d’inquiétudes légitimes provoquées par les transformations accélérées de la société. En mobilisant les travaux scientifiques et les réflexions des spécialistes dans le domaine des migrations, la revue souhaite interroger certaines idées reçues sur l’immigration en France. Les déconstruire permet également de s’interroger sur des évolutions plus globales associant mondialisation, échelle nationale et espace local.

Première idée reçue : l’immigration coûte cher à la France

L’idée que les immigrés viendraient en France uniquement pour profiter des acquis sociaux, pour profiter des allocations familiales, du chômage et aide au logement est largement répandue. Ces abus constitueraient une menace pour les acquis sociaux des Français. En période de crise, la notion de « préférence nationale » pour l’accès au travail, au logement et aux biens publics se développe dans l’opinion française.

Combien coûte l’immigration à la France ? Combien rapporte-t-elle aussi ? Chiffrer l’immigration n’est pas facile, mais les données peuvent remettre en cause certaines affirmations des discours politiques et montrer que l’immigration ne pèse pas sur l’économie française, au contraire.

Un excédent en termes de recettes fiscales

Une équipe de l’université de Lille 1 a décortiqué tous les grands postes de transfert des immigrés sur l’exercice de 2009[1]. « Les immigrés sont une bonne affaire pour les finances publiques »: ils reçoivent de l’Etat 47,9 milliards d’euros au titre des différentes allocations perçues, mais ils reversent 60,3 milliards en termes de revenu fiscal. Ils rapportent plus de 12 milliards d’euros qui paient les retraites. Sur les 47, 9 milliards, retraites (16, 3 milliards), aide aux logements (2,5 md), RMI (1,7 md), allocation chômage (5md), allocations familiales (6,7 md), prestations de santé (11,5 md) et éducation (4,2 md). De leur côté, les immigrés reversent au budget de l’Etat, par leur travail des sommes plus importantes : impôt sur le revenu (3,4 md), impôt sur le patrimoine (3,3 md), impôts et taxes à la consommation (18,4 md), impôts locaux et autres (2,6 md), cotisation sociales (26,4 md).

Les explications fournies par l’équipe de l’université de Lille mettent en avant le profil démographique et sociologique de la population immigrée pour analyser les raisons de cet excédent. « C’est le résultat d’un processus historique liée à la structure de la population immigrée, majoritairement jeune. Comme les immigrés sont peu qualifiés, ils sont deux fois plus souvent au chômage que les travailleurs français. Ils sont donc sur-représentés dans certaines catégories telles que les allocations chômage, le RMI, les aides aux logements. Comme ils ont plus d’enfants que les Français quand ils sont en situation familiale, ils sont sur-représentés dans l’attribution d’allocations familiales, mais ils émargent moins pour tous les dispositifs d’aide à la famille puisque nombre d’entre eux sont célibataires ou attendent de faire venir leur famille en France. Ils sont également sous-représentés dans les dépenses de santé et de retraite, branches qui représentent pourtant les trois quarts des dépenses sociales. »

Les pensions versées aux retraités immigrés, moins nombreux en proportion que dans la population totale, sont donc compensées par la TVA à la consommation et les cotisations sociales que paient les plus jeunes travailleurs immigrés malgré le chômage important qui les touche.

Certains chercheurs veulent à tout prix chiffrer le coût des budgets investis par l’Etat français pour freiner l’immigration hors Europe (interpeller les immigrés pour des contrôles de papier, mener des reconduites à la frontière et entretenir des centres de rétention) et mettre en place un programme pour l’accueil des migrants installés régulièrement en France[2]. Le coût de cette politique d’immigration serait de 30 milliards d’euros, ce qui alourdit les dépenses publiques pour répondre à des mesures sécuritaires du territoire dont on ne sait pas si elles sont vraiment efficaces. En revanche, le budget alloué aux actions favorisant une meilleure égalité des chances pour leurs enfants (qui ne sont pas immigrés majoritairement) reste difficilement appréciable car la politique d’intégration est de plus en plus transversale et son budget fondu dans les politiques sociales et de rénovation urbaine.

L’économie française y gagne

Xavier Chojnicki montre également que l’économie française a tout à gagner de la présence des travailleurs immigrés sur le marché du travail. « La présence des immigrés sur le marché du travail est économiquement positive puisqu’ils occupent l’immense majorité des emplois que les Français ne veulent pas, dans les segments du marché du travail qui connaissaient des pénuries chroniques, avec des rémunérations moindres, une forte flexibilité des emplois en contrats précaires, ou en intérimaires. Sans ce travail des immigrés, les prix à la consommation seraient plus élevés puisque la main d’œuvre étrangère est moins bien payée. De nombreux métiers, y compris dans les services, fonctionnent mieux grâce à la présence des immigrés (construction, restauration, hôpitaux, nettoyage, aides à la personne, agriculture saisonnière). »

Les immigrés n’occupent pas les emplois des nationaux, mais servent d’amortisseurs en période de fragilité de l’emploi. S’ils trouvent un travail, constate l’ONU dans son rapport mondial sur le développement humain en 2009, rien ne prouve un effet d’éviction pour les travailleurs nationaux. Au contraire, l’immigration a tendance à accroître l’emploi en complètant la force de travail locale. Plus mobiles géographiquement, plus enclins à accepter des emplois sous-qualifiés par rapport à leur niveau de formation, les immigrés permettent d’éviter ou retardent parfois les délocalisations des entreprises. Ce qui permet aux nationaux de se maintenir dans une position relativement favorable.

Les entreprises, elles-mêmes, constatent que sur le long terme, l’économie française aura besoin de main d’œuvre dans tous ces secteurs en pénurie chronique en matière d’embauche mais aussi dans des secteurs qui vont avoir besoin de main d’œuvre salariée qualifiée (secteur bancaire par exemple). Si l’immigration légale de travail continue à diminuer comme c’est le cas en France depuis plusieurs années, des tensions sur le marché du travail peuvent s’intensifier et donc aussi le travail au noir, donc l’immigration illégale.

L’immigration ne tire pas les salaires vers le bas, contate Xavier Chojnicki. Certains chercheurs mettent en avant que les nouveaux immigrés entrent en concurrence avec les salariés peu qualifiés déjà présents sur le marché du travail en se déclassant volontairement (Michèle Tribalat, Les yeux grands ouverts). D’autres soutiennent que le smic empêche des prestations à la baisse et que l’immigration n’a pas d’impact sur les salaires, d’autant plus que les immigrés sont recrutés dans des segments du marché du travail généralement peu attractifs pour les nationaux.

L’économie française bénéficie d’une population migrante de plus en plus qualifiée dont elle n’a pas eu à supporter les frais de sa scolarisation et formation. Ce sont les pays d’origine qui accusent le prix de cette formation sans retour immédiat puisque souvent les migrants qualifiés partis à l’étranger ne reviennent pas dans leur pays d’origine, faute de postes et de potentiel de carrière professionnelle et de promotion. C’est ce que l’on identifie comme « brain drain » et qui ne concerne pas seulement des profils très qualifiés mais aussi toute une frange d’une main d’œuvre locale qualifiée qui va partir chercher du travail à l’étranger.

Dans le même sens, l’accueil des étudiants étrangers en France qui a été longtemps la marque de prestige et d’attraction de l’université française à l’étranger, tout particulièrement dans le monde francophone, régresse en raison de politiques restrictives et permet difficilement aux étudiants diplômés de rester en France et trouver un emploi adapté. La France actuellement investit de ce fait à perte sur des formations.

L’immigration contribue au rajeunissement de la France dans un contexte d’Europe vieillissante et malgré un taux de natalité en France positif. En réalité, l’immigration ne sera pas toujours un levier contre le vieillissement car si dans un premier temps l’arrivée des migrants actifs contribue au financement des pensions de retraite, sur le long terme, cet effet s’inverse largement et les migrants deviennent à leur tour des retraités. Cet effet est donc transitoire.

Perte sur le mercato des compétences

Pour finir, si on se situe dans une approche plus globale en prenant en compte les paramètres économiques de la mondialisation,  la France, comme une partie de l’Europe « forteresse » de Schengen, est en train de perdre la course à la concurrence internationale des marchés du travail, et à la compétition pour recruter des compétences très pointues, etc.


[1] Chojnicki X., 2011, « Impact budgétaire de l'immigration en France », Revue Economique, 62(3)

[2] Etude menée par Jean-Paul Gourévitch sur le coût des migrations irrégulières en France, publiée en juin 2011 par l'association Contribuables associés.

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