Revue Hommes et migrations

La Marche de 1983 à nos jours, 30 ans plus tard qu'en est-il du combat de l'égalité ?

Musée de l'histoire de l'immigration, vendredi 4 octobre 2013, 16h00

A l’heure où la commémoration de la Marche s’engage, avec tous les enjeux sous-jacents sur l’échiquier politique, ce débat entend donner la parole aux militants, acteurs de cette mobilisation, qui ont adopté en 1983 la grammaire ô combien emblématique d’une Marche pour les droits, contre les injustices et le racisme et ont fait entendre leurs voix pour la première fois dans la société française. Si la Marche a pu créer une nouvelle génération politique, de jeunes de toutes origines, en partant de leurs préoccupations, elle a également obtenu des acquis fondamentaux, comme la carte de résidence de 10 ans, qui ont pu inscrire l’immigration comme une composante de la société française et non plus comme une présence temporaire.

Partie de manière anonyme, mais non moins organisée autour de réseaux associatifs et syndicaux locaux, cette Marche démarre en octobre de Marseille et arrive triomphalement à Paris le 3 décembre. Elle bénéficie à l’époque d’un contexte contrasté, avec l’accès de la Gauche au pouvoir et l’émergence des radios libres et des associations portées par les immigrés et leurs enfants, sur fond de xénophobie croissante et de montée du Front national aux municipales, sans oublier les violences policières, les rodéos dans les quartiers périphériques et la poursuite d’une politique d’immigration restrictive.

Les militants de la Marche sont-ils les avocats de toute une population, diverse culturellement, mais socialement en voie de relégation et politiquement en quête d’une reconnaissance ? Quelles étaient leurs motivations et revendications principales ?

Ce débat contribue à rappeler aussi les modalités d’une mobilisation historique d’une partie de la jeunesse, identifier les alliés de l’époque, mettre l’accent sur les avancées, mais aussi les freins et les désillusions. Faut-il insister sur la récupération politique de cette Marche par la Gauche en recherche d’un électorat plus jeune, mais qui pourtant ne va pas intégrer ces leaders dans son personnel politique local et qui rechigne toujours à accorder le droit de vote aux étrangers pour les élections municipales ? Faut-il s’attarder, comme trop souvent, sur l’instrumentalisation par les médias ou des associations censées incarner un vaste mouvement antiraciste de la jeunesse sous la bannière d’une génération « Black, Blanc, Beur » ?

Cette Marche, peu connue des jeunes générations nées depuis, nécessite une relecture précise de l’histoire par les acteurs eux-mêmes, lassés parfois d’en parler ou volontiers oublieux de leur expérience passée. Parce qu’elle constitue un héritage politique et culturel déterminant dans cette longue histoire des luttes qui ont associé (et non opposé) les populations immigrées, leurs descendants et des pans de la société française, ne serait-il pas temps, trente ans plus tard, dans le même climat de stigmatisation de l’immigration et de montée des extrémismes, de reprendre le fil de cette mobilisation là où il a pu se casser et d’envisager de nouvelles formes d’engagement d’une jeunesse tout aussi désoeuvrée, dans une société devenue encore plus frileuse par la crise économique, et qui doute sur ses valeurs et son identité ?

Informations pratiques

Musée de l'histoire de l'immigration, Palais de la Porte Dorée, 293 avenue Daumesnil, 75012 Paris

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